A quelques jours de La diagonale des fous, focalisons-nous sur un aspect non négligeable de cette course : la thermorégulation en milieu tropical.
Tout est avant tout une question de thermorégulation
La thermorégulation est un mécanisme contrôlé par l’hypothalamus et a pour fonction de contrôler la température corporelle. Quand celle-ci augmente, l’hypothalamus met en place différents processus afin d’évacuer le surplus de chaleur et de maintenir une température du corps plus ou moins constante.
Lorsque nous courons, l’activité musculaire augmente considérablement et produit de la chaleur qu’il va falloir évacuer de l’intérieur vers l’extérieur du corps. Cette opération est d’autant plus difficile que la température extérieure est chaude et que l’air est humide.
Une étude* de terrain menée auprès de 80 coureurs
Comme à notre habitude, nous nous appuyons sur une étude récente qui a examiné la thermorégulation dans un groupe de 80 coureurs composé de 33 femmes (soit 41,3%) et 47 hommes (58,7%).
L’environnement de l’étude concernait quant à lui un ultra-trail de 160 km 9400m de D+ en milieu tropical, où les températures ambiantes variaient de 10,2°C à 28,3°C et l’humidité relative de 35% à 100%.
Les mesures prélevées
Lors de l’épreuve, la température centrale a été mesurée par capsules télémétriques donnant lieu aux résultats suivants :
- La température centrale moyenne était de 37,9 ± 0,3°C avec un pic à 38,9 ± 0,3°C (intervalle : 38,1-39,96°C),
- Les coureurs les plus rapides présentaient une température centrale plus élevée,
- La température centrale moyenne était de 37,9 ± 0,3°C chez les hommes et de 37,8 ± 0,3°C chez les femmes, avec des valeurs maximales respectives de 39,0 ± 0,4°C et 38,7 ± 0,2°C,
- La perte de masse corporelle moyenne était de -4,8%, 31% des coureurs ayant perdu plus de 6%, sans corrélation avec la température centrale moyenne ni la performance.
- Les principaux facteurs prédictifs de la température centrale étaient l’indice de masse corporelle (IMC), l’âge, la vitesse, la température ambiante, l’humidité, le rayonnement, la distance cumulée parcourue et les variations d’altitude.
En conclusion
Les coureurs d’ultra-trail maintiennent une température centrale inférieure à 40°C malgré des pertes de masse corporelle importantes.
Ces résultats suggèrent qu’une variation importante de la masse corporelle pourrait constituer une adaptation physiologique normale lors d’épreuves d’ultra-endurance, plutôt qu’un facteur limitant la performance ou un risque d’hyperthermie.
L’étude confirme la nécessité de stratégies d’hydratation individualisées. Pour rappel, la Société internationale de nutrition sportive, fruit d’une revue** objective et critique de la littérature, préconise des volumes de liquide de 450 à 750 ml/h (environ 150 à 250 ml toutes les 20 min) pendant l’épreuve et des électrolytes dans des conditions chaudes et/ou humides.
*Bouscaren, Berly, Descombes et al. Thermoregulation and Hydration Dynamics in a 160-km Ultra-Endurance Race in a Tropical Environment: A Field Study on 80 Runners. Sports Med. 2026
**Tiller, Roberts, Beasley, Chapman, Pinto, Smith, Wiffin, Russell, Sparks, Duckworth, O’Hara, Sutton, Antonio, Willoughby, Tarpey, Smith-Ryan, Ormsbee, Astorino, Kreider, McGinnis, Stout, Smith, Arent, Campbell, Bannock. International Society of Sports Nutrition Position Stand: nutritional considerations for single-stage ultra-marathon training and racing. J Int Soc Sports Nutr. 2019

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