Les crampes musculaires font partie des désagréments les plus redoutés en ultra-trail.
Elles peuvent apparaître sans prévenir, compromettre la performance et, dans certains cas, empêcher de terminer une course.
Longtemps, la déshydratation ou le manque de minéraux, notamment de sodium, ont été considérés comme les principales causes des crampes.
Pourtant, les recherches les plus récentes remettent largement cette idée en question.
Une nouvelle étude apporte justement un éclairage intéressant sur les véritables facteurs associés aux crampes musculaires en ultra-trail.
Qu’est-ce qu’une crampe musculaire ?
Une crampe peut être définie comme une contraction musculaire spontanée, involontaire et douloureuse d’un muscle ou d’un groupe musculaire.
Son origine reste encore débattue, mais plusieurs travaux scientifiques montrent désormais que les déséquilibres en électrolytes ou la déshydratation ne suffisent pas, à eux seuls, à expliquer leur apparition.
Aujourd’hui, plusieurs facteurs de risque sont identifiés :
- un âge plus élevé ;
- un grand nombre d’années de pratique sportive ;
- un indice de masse corporelle supérieur à la moyenne ;
- une allure de course trop ambitieuse ;
- un affûtage insuffisant avant la compétition ;
- un manque d’étirements ;
- une altération du contrôle neuromusculaire ou une hyperactivité des nerfs moteurs.
Une étude menée sur un ultra-trail de 106 km
Pour mieux comprendre les causes des crampes en trail, des chercheurs ont suivi 58 finishers du Penyagolosa Trails CSP, une course de 106 km pour 5 600 m de dénivelé positif.
Les scientifiques ont comparé plusieurs paramètres entre les coureurs ayant souffert de crampes et ceux n’en ayant pas présenté :
- le niveau de déshydratation ;
- les concentrations sanguines en électrolytes ;
- les marqueurs de lésions musculaires ;
- l’allure de course ;
- les habitudes d’entraînement.
Les crampes touchent un trailer sur six
Parmi les 58 participants, 9 coureurs (16 %) ont souffert de crampes musculaires pendant l’épreuve.
L’incidence était près de quatre fois plus élevée chez les hommes que chez les femmes (22 % contre 5 %).
Déshydratation et sodium : aucun lien avec les crampes
Contrairement aux idées reçues, les chercheurs n’ont observé aucune différence significative entre les deux groupes concernant :
- la perte de masse corporelle ;
- la densité urinaire après la course ;
- le taux de sodium sanguin ;
- le rythme de course.
Ces résultats confirment les observations de nombreuses études récentes : la déshydratation et la perte de sodium ne semblent pas être les principales causes des crampes musculaires liées à l’exercice.
Les lésions musculaires semblent davantage impliquées
En revanche, plusieurs différences sont apparues après la course.
Les trailers ayant souffert de crampes présentaient :
- une concentration sanguine en potassium plus élevée ;
- des taux plus importants de créatine kinase (CK) ;
- ainsi que des concentrations plus élevées de lactate déshydrogénase (LDH), 24 et 48 heures après l’arrivée.
La créatine kinase est un marqueur bien connu des dommages musculaires : lorsqu’elle augmente, elle traduit une fatigue importante ou une altération des fibres musculaires.
De son côté, la LDH est une enzyme libérée lorsque certains tissus subissent des lésions.
Ces résultats suggèrent que les crampes pourraient être davantage liées à une fatigue musculaire importante qu’à un problème d’hydratation.
Le renforcement musculaire pourrait réduire le risque de crampes
L’un des enseignements les plus intéressants de cette étude concerne les habitudes d’entraînement.
Parmi les coureurs ayant présenté des crampes :
- 55,6 % pratiquaient régulièrement du renforcement musculaire des membres inférieurs.
- Chez les coureurs n’ayant pas souffert de crampes, cette proportion atteignait 87,5 %.
Même si cette étude ne permet pas d’établir un lien de cause à effet, ces résultats suggèrent qu’un programme régulier de renforcement musculaire pourrait contribuer à diminuer le risque de crampes lors des efforts de très longue durée.
Ce qu’il faut retenir
Cette étude apporte un nouvel argument contre une idée encore largement répandue : les crampes en ultra-trail ne semblent pas être principalement causées par la déshydratation ou un manque de sodium.
En revanche, les coureurs souffrant de crampes présentent davantage de marqueurs de lésions musculaires après la course, ce qui renforce l’hypothèse d’un rôle majeur de la fatigue neuromusculaire.
Enfin, intégrer un renforcement musculaire régulier dans sa préparation pourrait représenter une stratégie simple et efficace pour limiter le risque de crampes en ultra-trail.
Référence scientifique : Martinez-Navarro, Vicente-Mampel, López-Grueso, Collado-Boira, Recacha-Ponce, Gómez-Seré, Hernando. Muscle Cramping in Ultra-Trail: Dehydration and Electrolyte Depletion versus Muscle Damage. Journal of Strengthand Conditioning Research, 2026.

Laisser un commentaire