Le mental est une source inépuisable de force, de volonté, de courage. Les croyants, peu importe en quoi ils croient (un dieu ou plusieurs, la nature, leur destin) arrivent à faire appel à des ressources immenses.
A l’inverse, on sait aussi que nous sommes plein de croyances limitantes (des peurs, des barrières invisibles, sociales) qui nous privent d’aller plus loin dans la performance.
Si nous arrivions à faire sauter ces contraintes et à tirer 100 % de notre force mentale, pourrions-nous être sans limites… Vraiment ?
Le talent, mais pas que
Il y a bien sûr des coureurs qui ont bénéficié, de leurs parents ou même de leurs aïeux, d’une bonne génétique. Un corps fait pour la course ou qui permet l’expression de ce talent, une certaine capacité à encaisser les efforts, des capacités physiologiques importantes… Oui, il faut être bien doté dès la naissance.
Mais on sait que le travail permet d’augmenter ses capacités, de progresser dans le temps, de se transformer en partie physiquement. Durant la jeunesse, on développe des aptitudes ne faisant pas forcément partie de la génétique. Bref, à force de travail et de temps, un travailleur peut rattraper un talentueux moins persévérant.
Jimmy Gressier parlait il y a peu des 3T : Talent, Temps, Travail, ce qui résume assez bien ce qu’il se passe concrètement.
Lever des blocages
Si on reste sur le même athlète, outre ses capacités de travail, il a aussi développé une croyance personnelle très forte, en se disant « je vais être champion du monde, et je fais tout faire pour ». De ce postulat, il y a comme une façon décomplexée de dire « pourquoi les autres pourraient y arriver, et pas moi ».
Derrière son attitude franche, il a entraîné avec lui des coureurs comme Daguinos ou Schrub qui, non contents d’avoir un talent aussi élevé que lui ou plus, à casser des barrières mentales. Schrub l’exprimait encore après sa 3è place sur le 3000 m des mondiaux indoor.
Et les athlètes européens globalement n’ont plus peur de se confronter au niveau de performance des athlètes d’Afrique de l’Est. L’éducation, les croyances, les habitudes : il faut casser ces codes et faire autrement pour ne pas reproduire les mêmes schémas.
« No human is limited »
La phrase d’Eliud Kipchoge indique-t-elle que tout le monde peut faire des exploits ? Tout le monde peut atteindre de très hauts niveaux de performance, juste en le voulant ?
Il est évident que si on tend vers le haut de la performance, si en repoussant l’exigence mentale qui permet de dépasser des capacités à souffrir, à aller chercher plus loin que d’habitude, bien sûr que l’on pourra produire des performances. Mais à quel moment le corps ne suit plus ce que la tête veut atteindre ? A quel moment le bien-être est-il déséquilibré au profit de la performance ?
La tête tire le corps vers le haut, mais les souffrances physiquement endurées doivent pouvoir être absorbées par le corps sinon on sait que la pente peut vite pencher vers le côté blessure, contre performance. Et là, le mental devra faire face à des contraintes liées à la chimie, à la physiologie propre au corps. Peut-on compresser le temps à l’aide de sa force de volonté ? Rien n’est moins sûr…
La performance, équilibre ou déséquilibre ?
Les schémas mentaux peuvent être revisités, les stratégies élaborées, le mental entraîné à faire plus. Jusqu’à ce que le physique ne puisse plus équilibrer sa balance progression / récupération. On sait que la performance est signe de santé physique, car un corps malade ne pourra jamais donner son plein potentiel. Mais la frontière est fine avec les demandes toujours grandissantes faites à son corps, et le déséquilibre qui peut entraîner fatigue et blessure.
Je pense que la performance reste un équilibre entre le plaisir, l’exigence mentale et physique, la santé, mais que plus la performance est élevée, plus cet équilibre est mince mais difficile à conserver. Le don de soi et le travail sont bien sûr des conditions essentielles, avec à la fois une intelligence liée à la pratique, et une volonté farouche de marquer l’Histoire de son empreinte quels que soient les moyens (légaux). On ne sait pas ce qui traverse le coeur des champions et à quoi les gens décident de dédier leur existence. La très haute performance reste à la fois quelque chose de farouche et de mystique.
M.BERTOS

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